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© Jaguar Arte 2019

Emilie Benard Jurado aux Journées Culturelles de l'Écologie

Mis à jour : 12 oct 2018


(Emilie Benard Jurado : une artiste naturellement éco-résiliente)


De tout temps, art et nature se sont fondus voire confondus, dans une harmonieuse relation d’interdépendance. Les 1ères Journées Culturelles de l'Écologie, manifestation organisée par le 100 ecs jusqu’au 16 octobre 2018 au 100 rue de Charenton, dans le XIIème arrondissement, viennent nous rappeler cette alchimie si particulière mais aussi, qu’en pleine société de consommation on ne parle plus tellement de nature au sens large, mais bien d’écologie, autrement dit de la nécessité de repenser notre mode de vie, de recycler nos pratiques. Il s’agit donc de protéger et reconstruire en réutilisant au lieu de jeter, mais c’est aussi revenir au point de départ, déterminer l’origine des choses et comprendre qu’elles s’inscrivent dans un cycle intemporel, affranchi de l’immédiateté compulsive. Parmi tous les artistes exposés, une jeune peintre franco-colombienne, Emilie Benard Jurado, s’est emparée de cette volonté reconstructrice, à coups de feuilles d’or, d’ocres brûlants et de bois brut. Le plus noble de la nature pour la plus noble des tâches : faire exploser à la face des profanes l’incroyable beauté d’une œuvre d’art, partie de simples caisses de bois abandonnées place des Vosges.


Á travers cette réalisation, Emilie nous fait voir le monde avec ses yeux : rien n’est condamné à être un déchet, un rebut, tout peut être reconstruit ou se reconstruire, via un processus de résilience. Autrefois cantonnée à la chimie, puis à la psychologie, la résilience acquiert ses nouvelles lettres de noblesse à travers l’art et une fonction bien précise : redonner à ce dernier la puissance d'immerger l'homme dans le monde, autrement dit dans la nature et l’environnement qui l’entourent. Au final, les œuvres finissent par entourer l’artiste et le contextualiser.



L’œuvre d’Emilie démontre une maîtrise originale et géniale de matériaux aussi diverses que la feuille d’or ou le bois brut, et de la composition, le tout au service au d’un esthétisme et d’un graphisme lumineux. Les sujets nous invitent au voyage et à prendre conscience de la beauté et de la fragilité de la nature ; ces fleurs qui dégrafent leurs pétales pour se donner à contempler au naturel ou encore ces deux colibris au plumage chamarré constituent un excellent exemple. Au-delà de l’esthétisme, l’artiste dévoile toute sa complexité ; à la fois qu’elle crée sa palette de formes et de couleurs, elle réinvente et recrée des univers déjà existants. Ses deux peintures intitulées respectivement New 3 et New 5, réinterprétations personnelles des Romains de la décadence de Thomas Couture, synthétisent à elles seules son cheminement créatif ; dans ses oeuvres Emilie opère un recyclage artistique » d’une œuvre préexistante pour au final en créer une nouvelle, dotée de sa propre identité.


D’autres éléments, comme les coulures de peintures, permettent d’affirmer la volonté de l’artiste de respecter le matériau original, preuve d’une activité humaine antérieure à la sienne, et à partir de ce dernier, de recréer une nouvelle œuvre originale. Plus que jamais l’œuvre d’Emilie Benard Jurado illustre la résilience, la capacité de se reconstruire, de reconstruire quelque chose, suite à un événement traumatisant. Á l’échelle de la planète, l’activité de l’homme peut être un évènement traumatisant et l’art aurait pour fonction de le faire réfléchir sur la potentielle dangerosité de son comportement pour l’environnement et sur la nécessité de se recycler, d’être résilient, et ce, pour se réconcilier avec son environnement et assurer au final sa propre survie.


Antoine Troccaz