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© Jaguar Arte 2019

Le street art verdit les murs de Bogotá

S’intéresser au rôle que joue le street art à Bogota c’est marcher sur les traces de Mickwho et de sa vidéo About Street Art in Bogotá Colombia. En me plongeant dans sa vidéo, j’ai découvert une perception positive de ces fresques murales, qui, à elles seules, combattent le conflit et poussent à repenser les codes culturels. Un nouveau musée, à ciel ouvert, engagé, coloré et accessible à tous, voilà ce que nous offre le street art réellement. Tout autour de Mickwho, des murs couverts de couleurs exposant, sans filtre, à ciel ouvert, la réalité sociale, réveillant les consciences endormies. Une véritable invitation à réveiller la mienne et à poursuivre ce voyage à travers le temps et l’espace, qui me pousserait à regarder la ville d’un œil neuf, à repenser, tant l’urbanisme gris et austère que les canons artistiques, à faire exploser les clichés. Les recherches furent difficiles mais je suis finalement tombé sur la fresque CONEXIÓN ARBÓREA dont une partie affiche le message suivant : « Le conseil le plus sage, je l’ai reçu d’un arbre »


Á travers ce conseil qu’il nous adresse, l’arbre apparaît donc comme un sage, comme le gardien de la mémoire des changements, le témoin du passage du temps, lui-même symbolisé par les feuilles qui volent un peu partout. Le reste de la composition repose sur trois autres personnages clefs : une femme d’âge avancé, habitante du quartier de Las Brisas : la señora Ana, son arrière- petite-fille et un Piranga écarlate, oiseau emblématique de los Cerros Orientales, l’un des écosystèmes les plus importants de Bogotá, entourant les quartiers de Calvo Sur et de Las Brisas, zone d’implantation de la fresque.


Sur le côté sud du mur, la señora Ana ouvre ses mains et libère un oiseau qui, à son tour, vole vers le côté nord du mur, où l’attend une petite fille : Camila, l’arrière-petite-fille de la señora Ana. Dans le prolongement du geste de son arrière-grand-mère, la fillette tend sa main pour recevoir l’oiseau envoyé depuis l’autre côté du mur. Une jolie métaphore de la transmission et de la perpétration des connaissances, génération après génération.


L’oiseau représente la biodiversité propre au secteur environnant des Cerros Orientales mais il porte aussi un message à transmettre, voyageant tout au long du mur, de feuilles en feuilles, ces dernières voletant autour de lui. Ces feuilles, elles le relient à l’arbre, assurant la continuité et l’équilibre de l’écosystème qu’il représente. Même si l’arbre et les autres éléments composant la fresque jouent un rôle de premier plan ; ils nous forcent à réfléchir et à nous interroger sur la meilleure façon de prendre soin de l’environnement et de le valoriser, les couleurs extrêmement vives choisies revêtent également une très grande importance ; elles servent à sortir le quartier de son ancien aspect grisâtre et à réaffirmer la volonté de le rénover, de le faire entrer dans une nouvelle ère. On peut affirmer, qu’en couvrant principalement les murs des zones dites populaires, les auteurs de ces fresques cherchent à démontrer que, désormais les murs ne séparent plus les gens mais les invitent à se retrouver, à échanger et à réfléchir ensemble et que, toute personne, indépendamment de sa condition économique, est une gardienne en puissance de la biodiversité, un acteur conscient des conséquences de l’activité humaine sur la nature et capable de limiter ces dernières pour peu qu’elle le désire.


Antoine Troccaz