THE COLORS OF THE AMAZON FOREST, Santiago Yahuarcani.

Updated: 6 days ago

par Jean-Marc Desrosiers.


(Original texte in french, english version below)


Depuis la dernière décade du 20ème siècle, un nouveau courant artistique émerge en Amazonie péruvienne et se fait connaître dans toute l’Amérique latine et jusqu'en Chine, en Russie et aux Etats-unis.


Pour la première fois de leur histoire, les artistes de la forêt, le plus souvent autodidactes mais forts de l’héritage immémorial de leur culture, mettent en image la conscience qu’ils ont de leur histoire et de leur identité.


Leur inspiration mais aussi les composants matériels de leurs oeuvres, supports et couleurs, viennent de la forêt. Ces artistes utilisent la llanchama, un support traditionnel fabriqué à partir d’une écorce d’arbre, et peignent en mélangeant des pigments naturels comme ceux utilisés pour les peintures corporelles.


Santiago Yahuarcani. Session de Ampiri II. 2014
Achiote et guisador.

Santiago Yahuarcani est parmi les artistes les plus représentatifs de cette peinture appelée peinture sur llanchama.


Il vit à Pebas sur le rio Ampiyacu (Pérou) et part dans la selva pour trouver le guisador, le huito, l’achioté ou les « tierras de colores » :

« Au tout début, il n’y avait ni terre, ni lumière, ni jour ; il n’y avait que de l’air et de l’eau. C’était tout. Puis vint Fidoma, l’enfant des mythes qui créa les couleurs et les hommes purent alors commencer à peindre et à raconter leur histoire... »


La llanchama.
Santiago Yahuarcani.
"Tierras de colores"

Sur la trace de Fidoma, Santiago Yahuarcani fabrique ses couleurs et invente un monde surprenant peuplé des maîtres de la forêt, les duenos, de ses rêves et des apparitions parfois surgies d’un son comme « Shimimbro … »


Shiminbro II. Santiago Yahuarcani. 2012.

Toutes les œuvres de Santiago Yahuarcani nous entraînent dans de nouveaux univers formels mais aussi métaphysiques et spirituels totalement étrangers à nos modèles occidentaux.


Sans doute la vision différente que ces artistes portent sur le monde leur permet-elle de mêler plantes, animaux, esprits, êtres humains et de brouiller nos frontières entre humains et non-humains. Autant d’éléments qui peuvent dès lors s’imbriquer ou se disloquer sur la toile dans une surprenante liberté de formes et de couleurs.

Mais cette découverte d’un monde peuplé d’esprits, de jaguars ou de plantes sacrées n’a pas seulement l’attrait d’un monde exotique, visionnaire ou d’un « monde premier ».


Les peintres de l’Amazonie ont la lourde tâche de rappeler qui ils sont, entre un passé douloureux, l’époque dramatique du caoutchouc n’est pas si lointaine, et une situation contemporaine difficile comme le montrent les conflits liés à l’exploitation des ressources naturelles.

L’homme Jaguar. Santiago Yahuarcani. 2013

L’histoire du peintre Santiago Yahuarcani et de sa famille est emblématique de la trajectoire qui a donné naissance à cette peinture.


Au tournant du XXème siècle, son peuple est enrôlé de force dans les plantations de caoutchouc du Putumayo en Colombie avant d’être conduite au Pérou sur le rio Ampiyacu où la communauté bora-huitoto vit toujours aujourd’hui.


Sur fond d’exploitation brutale et des sévices perpétués par les barons du caoutchouc, les croyances traditionnelles, les rituels et les mythes sont passés sous silence, risquant d’être définitivement perdus. Il faut attendre trois générations pour que la communauté bora-huitoto retrouve les traces de sa cosmogonie et de son identité amérindienne.


Issu de la seconde génération « immigrée » au Pérou, Santiago a recueilli la mémoire de son clan, le clan Aymenu, alors même que les ethnologues puis le tourisme entraient en contact avec sa communauté dans les années 80.


El corazon de los varones del caucho II. Santiago Yahuarcani. 2012

Alors que l’on connaît les menaces qui pèsent sur l’avenir des peuples de la Selva, une nouvelle génération de peintres, tels Harry Pinedo ou Rember Yahuarcani nous donne l’espoir que l’histoire de la peinture amazonienne du Pérou ne fait que commencer.


Les œuvres des artistes bora-huitoto, Victor Churay, Brus Rubio, Santiago Yahuarcani, Percy Diaz, des peintres shipibo, Elena Valera, Lastenia Canayo, Roldan et Harry Pinedo ou encore ashaninka comme Enrique Casanto relatent les croyances et les questionnements propres à leur ethnie d’origine.


Ainsi le jeune artiste Brus Rubio, neveu de Victor Churay mort brutalement en 2002, est aujourd’hui revenu dans son village de Pucaurquillo et peut travailler dans son atelier car, dit-il : Aujourd’hui nous existons…

La diversité et l’élaboration des formes d’expressions auxquelles cette peinture donne naissance, l’interrogation des artistes sur leur relation à leur environnement social et culturel, montrent que cette peinture appartient au monde de l’art et peut rejoindre son histoire.


D’ores et déjà, la peinture sur llanchama a l’inestimable richesse de nous montrer une Amazonie que nous n’avons jamais vue auparavant, une Amazonie enfin perçue par ceux qui l’habitent et la vivent.


Espérons que nous saurons ne pas détruire ce monde que les artistes et les Esprits de la forêt nous laissent entrevoir pour la première fois.

Les œuvres de plusieurs de ces peintres ont été présentées en Juin 2018 dans le cadre de l’exposition « Les Yeux de l’Amazonie » qui s’est tenue sous les auspices de l’Ambassade du Pérou à Paris et de septembre 2018 à janvier 2019 à l’occasion de l’exposition « Bois d’Amazonie » avec l’Association Lupuna et GMBA.

Pour consulter le catalogue de l’exposition « BOIS D’AMAZONIE » click ici.


(Texte in english):


SANTIAGO YAHUARCANI - THE COLORS OF THE AMAZON FOREST


by Jean-Marc Desrosiers


Since the last decade of the 20th century, a new artistic movement has emerged in the Peruvian Amazon and has become known throughout Latin America and as far as China, Russia and the United States.


For the first time in their history, forest artists, most often self-taught but strong in the immemorial heritage of their culture, show their awareness of their history and their identity.

Their inspiration but also the material components of their works, supports and colors, come from the forest. These artists use la llanchama, a traditional medium made from tree bark, and paint by mixing natural pigments like those used in body paints.


Santiago Yahuarcani is among the most representative artists of this painting called painting on llanchama.


He lives in Pebas on the rio Ampiyacu (Peru) and goes to the selva to find the guisador, the eighto, the arbiot or the "terrias de colores":

"At the very beginning, there was no soil, no light, no day; there was only air and water. That was all. Then came Fidoma, the child of myths who created the colors and the men could then start to paint and tell their story ... "


In the footsteps of Fidoma, Santiago Yahuarcani creates his colors and invents a surprising world populated by the masters of the forest, the dueños, his dreams and appearances sometimes arisen from a sound like "Shimimbro ..."

All the works of Santiago Yahuarcani draw us into new formal but also metaphysical and spiritual universes totally foreign to our Western models.


Without doubt the different vision that these artists have of the world allows them to mix plants, animals, spirits, human beings and blur our borders between humans and non-humans. So many elements that can therefore overlap or dislocate on the canvas in a surprising freedom of shapes and colors.


But this discovery of a world populated by spirits, jaguars or sacred plants is not only attractive as an exotic, visionary world or a "first world".


The painters of the Amazon have the important task of recalling who they are, between a painful past, the dramatic era of rubber is not so distant, and a difficult contemporary situation as shown by the conflicts related to the exploitation of natural resources.


The story of the painter Santiago Yahuarcani and his family is emblematic of the trajectory that gave birth to this painting.


At the turn of the 20th century, its people were forcibly recruited into the rubber plantations of Putumayo in Colombia before being taken to Peru on the Rio Ampiyacu where the Bora-Eightoto community still lives today.


Against the backdrop of brutal exploitation and the brutality perpetuated by the rubber barons, traditional beliefs, rituals and myths are passed over in silence, risking being definitely lost. It took three generations for the Bora-Eightoto community to find traces of its cosmogony and its Native American identity.

Coming from the second generation "immigrant" in Peru, Santiago collected the memory of his clan, the Aymenu clan, even when ethnologists and then tourism came into contact with his community in the 80s.


While we know the threats to the future of the peoples of the Selva, a new generation of painters, such as Harry Pinedo or Rember Yahuarcani gives us hope that the history of Amazonian painting in Peru is only to start.


The works of artists bora-huitoto, Victor Churay, Brus Rubio, Santiago Yahuarcani, Percy Diaz, shipibo painters, Elena Valera, Lastenia Canayo, Roldan and Harry Pinedo or ashaninka like Enrique Casanto relate the beliefs and questions specific to their ethnicity.


Even the young artist Brus Rubio, nephew of Victor Churay who died suddenly in 2002, has now returned to his village of Pucaurquillo and works in his studio because, he says: Today we exist ...


The diversity and development of types of expression to which this painting gives rise and the questioning of artists about their relationship to their social and cultural environment, show that this painting belongs to the world of art and can join its history.


Already, the painting on llanchama has the invaluable wealth of showing us an Amazon that we have never seen before, an Amazon finally perceived by those who inhabit and live it.

Let us hope that we will not be able to destroy this world that the artists and the Spirits of the forest let us see for the first time.


The works of several of these painters were presented in June 2018 as part of the exhibition "The Eyes of the Amazon" which was sponsored by the Embassy of Peru in Paris and from September 2018 to January 2019 on the occasion of the exhibition " Bois d'Amazonie " with the Lupuna Association and GMBA.


To consult the catalog of the exhibition "BOIS D'AMAZONIE" click here.


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